Ce qui se passe dans notre respiration pendant le sommeil

On ne s’attend pas à ce que notre respiration déraille quand on dort. Pourtant, la nuit, tout un théâtre se joue dans nos voies aériennes, entre ronflements anodins et apnées qui coupent littéralement le souffle, parfois jusqu’à menacer la santé ou la vie des personnes concernées. Les troubles respiratoires du sommeil regroupent une mosaïque de situations, du simple bruit de fond nocturne à la maladie grave qui épuise et isole.

Avant de décortiquer ces phénomènes, il vaut mieux cerner ce qu’est un sommeil ordinaire. Loin d’être un simple refuge nocturne, il constitue le socle sur lequel repose notre vitalité. En moyenne, chacun de nous passe près d’un tiers de son existence à dormir. À 60 ans, cela représente environ 20 années entières, passées allongé, yeux clos, à chercher le repos. Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité : la récupération physique et mentale dépend d’un sommeil suffisamment réparateur. Ce duo, respiration et sommeil, travaille main dans la main, bien que l’on s’en rende rarement compte tant que tout fonctionne.

L’importance du sommeil et de la respiration

La respiration régulière, indissociable d’un sommeil de qualité, garantit l’apport en oxygène et l’élimination du dioxyde de carbone. Pendant la nuit, nos échanges gazeux assurent le bon fonctionnement de l’organisme. Fait remarquable : durant le sommeil paradoxal, le cerveau réclame plus d’oxygène qu’à l’état de veille. Dormir longtemps ne suffit pas : la qualité du repos pèse tout autant. Un sommeil dégradé altère la vigilance, les capacités cognitives, la santé globale. En somme, notre corps s’en ressent sur tous les plans.

Tout s’enchaîne : une respiration fluide, un échange gazeux optimal, un sommeil stable, la capacité de se régénérer, et, in fine, la santé et l’équilibre de vie.

Lorsque les voies respiratoires supérieures restent dégagées, la respiration s’effectue sans entrave : l’oxygène afflue, le sang s’enrichit, et le corps récupère. Mais dès que des troubles respiratoires surviennent la nuit, apnées, micro-réveils, respiration hachée, la qualité du sommeil s’effondre. Ces éveils, qu’on en garde un souvenir ou non, finissent par entraîner des répercussions majeures : fatigue chronique, baisse de forme, et parfois isolement social lorsque le quotidien devient trop lourd à porter.

Sommeil normal

Variations individuelles

Le sommeil n’est pas taillé sur un seul modèle. Voici quelques points qui illustrent cette diversité :

  • La durée de sommeil moyenne tourne autour de 8 heures par nuit, mais chaque individu possède son propre quota pour se sentir reposé. Certains se satisfont de moins de 7 heures, d’autres dépassent les 9 heures sans difficulté.
  • Il existe des lève-tôt et des couche-tard, chacun avec ses propres rythmes. Ce n’est pas une question de volonté, l’hérédité entre aussi en jeu.
  • Aucune règle universelle ne s’applique à tous, et les besoins varient d’une personne à l’autre.

Le sommeil évolue avec l’âge

Le sommeil change tout au long de la vie. Un nourrisson ne dort pas comme un adolescent, ni comme une personne âgée. L’évolution du « patron » de sommeil se constate à chaque étape de l’existence.

  • Enfants : Un bébé cumule entre 16 et 18 heures de sommeil quotidien, réparties en plusieurs cycles. À 6 ans, la durée moyenne tombe à 10-12 heures, souvent sans sieste.
  • Adolescents : Ils dorment en moyenne 9 heures par nuit. Leur horloge biologique les pousse à se coucher et à se lever plus tard, ce qui peut perturber leur rythme circadien.
  • Adultes : La nuit idéale compte 7 à 8 heures de sommeil, entrecoupées parfois de courts réveils. Mais ce schéma peut être perturbé par des horaires décalés, un mode de vie irrégulier, ou des problèmes de santé comme la dépression ou des douleurs chroniques.
  • Personnes âgées : Leur sommeil se fragmente, la durée moyenne chute à 6 heures, et les siestes deviennent plus fréquentes. Les réveils nocturnes s’allongent, et elles tendent à se coucher et se lever plus tôt que les autres groupes d’âge.

La vie nocturne de l’humain est cyclique. D’après la Sleep Heart Health Study, les troubles du sommeil s’installent surtout à partir de la trentaine. Le sommeil profond s’amenuise avec l’âge, notamment chez les hommes d’âge moyen et chez toute personne de plus de 70 ans. On sait désormais que le sommeil se découpe en cycles, alternant sommeil lent et sommeil paradoxal. Un cycle complet dure environ 110 minutes et se répète 4 à 5 fois chaque nuit.

➡ Pour en savoir plus sur les besoins en sommeil à différents âges, consultez le tableau de recommandations de la National Sleep Foundation (NSF) (2014).

Le sommeil lent

Le début de la nuit est marqué par la phase de sommeil lent, qui s’étale sur 90 minutes environ et comprend plusieurs étapes. Voici comment ces différents niveaux s’enchaînent :

  • Juste après l’endormissement, quatre stades de profondeur croissante s’enchaînent. La première étape (sommeil léger) ne dure que quelques minutes, parfois accompagnée de sensations étranges. Les stades suivants plongent le dormeur dans un repos toujours plus profond.
  • Durant cette phase, la température corporelle baisse, le rythme cardiaque ralentit, la respiration devient plus calme, la pression artérielle diminue.
  • Le sommeil lent comprend donc plusieurs paliers distincts :
    • Stade 1 : Sommeil léger, les paupières closes, la relaxation démarre. C’est la période où l’on peut avoir l’impression de flotter. Un bruit ou une lumière suffisent à réveiller la personne à ce stade.
    • Stade 2 : L’endormissement s’approfondit, le réveil devient plus difficile.
    • Stade 3 : Environ 20 minutes après le début du sommeil, l’état s’approfondit nettement. Les rêves sont plus fréquents, les fonctions vitales ralentissent davantage, les muscles se relâchent.
    • Stade 4 : Les fonctions vitales atteignent leur minimum. Fait notable : l’activité digestive s’intensifie. Les muscles volontaires restent globalement détendus, mais la personne change de position toutes les 20 minutes environ. C’est lors de cette phase que peuvent survenir le somnambulisme ou l’énurésie (mictions involontaires nocturnes).
  • Les stades 2, 3 et 4 forment le sommeil lent profond (non paradoxal), réputé pour ses vertus réparatrices. C’est à ce moment qu’il est le plus difficile de réveiller quelqu’un.

Sommeil paradoxal

La nuit avance, et environ 90 minutes après s’être endormi, le sommeil paradoxal s’installe :

  • Les signes vitaux repartent à la hausse : fréquence cardiaque, respiration, pression artérielle, température corporelle augmentent, tandis que la motilité digestive s’apaise.
  • Les enregistrements cérébraux montrent une activité semblable à l’état de veille, d’où le nom de sommeil paradoxal.
  • Le cerveau brûle alors plus d’oxygène que lorsqu’on est éveillé. Cela rappelle à quel point une respiration efficace est capitale pour couvrir les besoins du cerveau à cette étape.
  • Appelé aussi MOR (Mouvements Oculaires Rapides ou REM Sleep en anglais), cette phase se distingue par des yeux qui s’agitent sous les paupières.
  • Les muscles du corps sont temporairement paralysés, les rêves prennent le dessus, et certains chercheurs pensent que les mouvements des yeux sont liés au contenu de ces rêves.

La nuit, on grandit

À chaque cycle de sommeil, le corps libère des hormones spécifiques. L’hormone de croissance, par exemple, se répand surtout durant le sommeil lent des premiers cycles. Voilà pourquoi cette phase revêt une telle importance pour les enfants et adolescents, qui y consacrent plus de temps que les adultes.

Le rythme naturel du sommeil

  • L’organisme humain est programmé pour ressentir un besoin de sommeil à deux moments-clés de la journée :

    • Entre minuit et 7h du matin ;
    • Et entre 14h et 16h, en plein après-midi.
  • Priver une personne de sommeil, même une seule nuit, crée une dette qui ne s’efface qu’en récupérant les heures manquantes. L’accumulation de cette dette engendre une somnolence accrue, difficile à ignorer.
  • La seule vraie façon d’effacer cette dette, c’est de dormir. Ni médicament, ni thérapie ne peuvent remplacer ce besoin fondamental.
  • Pour ceux qui n’ont pas de problème d’endormissement, une sieste brève (10 à 20 minutes) en journée est bénéfique. Cette courte pause n’interfère ni avec le sommeil nocturne, ni avec la vigilance.

La sieste : une alliée sous-estimée

Dans un mode de vie où le travail, la famille et les obligations s’enchevêtrent, le sommeil passe parfois au second plan. Il n’a pas toujours la place qu’il mérite, alors même qu’il reste indispensable à notre équilibre.

Tout savoir sur le sommeil

Plus d’un tiers de notre existence se déroule dans le sommeil. Est-ce du temps perdu ? Absolument pas. Ce temps est la clé d’une santé solide. Pourtant, de nombreuses personnes peinent à bénéficier d’un sommeil réparateur, avec des conséquences parfois lourdes.

➡ Pour approfondir le sujet, écoutez l’entretien du Dr Pierre Mayer (« Les années lumière », Radio Canada), pneumologue et spécialiste du sommeil, auteur de l’ouvrage « Le sommeil raconté ».

Ce livre, accessible au plus grand nombre, apporte des réponses concrètes aux interrogations fréquentes sur le sommeil, telles que :

  • Quelle est la durée idéale de sommeil ?
  • Les siestes apportent-elles un vrai bénéfice, ou bien perturbent-elles notre rythme ?
  • Comment faire face à un déficit de sommeil ?
  • Faut-il autoriser les adolescents à prolonger leur nuit ?
  • Quels sont les effets du travail de nuit sur l’organisme ?
  • Comment fonctionne le cycle du sommeil ?
  • Comment s’adapter au décalage horaire ?

Quelques données peu connues méritent d’être relevées :

  • Des études ont établi un lien direct entre manque de sommeil et hausse du surpoids ou de l’obésité.
  • La somnolence est l’une des principales causes de mortalité au travail.
  • Le sommeil favorise la consolidation de l’apprentissage.
  • Des nuits trop courtes stimulent l’appétit : dormir peu pousse à manger davantage.
  • Le sommeil est déterminant pour la croissance des enfants et la sécurité des adolescents, qui pâtissent d’un repos insuffisant.
  • Près de 30 % des accidents de la route s’expliquent par la somnolence au volant.

➡ Pour une synthèse récente, écoutez également une interview du Dr Pierre Mayer (mars 2015).

Le surpoids progresse, et avec lui l’apnée du sommeil. Ce trouble touche aujourd’hui une personne sur dix, et une sur cinq présente des signes d’apnée légère. Les diagnostics sont désormais possibles à domicile, mais l’acceptation du traitement par ventilation (CPAP) reste parfois difficile. Pourtant, d’après le Dr Pierre Mayer, ce dispositif s’impose peu à peu comme un allié décisif pour améliorer la qualité de vie des patients.

Pour aller plus loin : Interview sur l’apnée du sommeil avec le Dr Pierre Mayer, pneumologue et professeur (L’Audio fil du samedi 7 mars 2015).

Sources : sommeil.com Fondation, osrmedical.com, sleepapnea.org, Académie américaine de médecine du sommeil. Classification internationale des troubles du sommeil : Manuel sur le diagnostic et le codage, 2e édition, Rochester, 2005.